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René Crevel : un poète révolté



 

 

Né le 10 août 1900, dans une famille bourgeoise parisienne, c'est une enfance sans gaieté que vit René Crevel. Spectateur du suicide de son père alors qu'il n'a que 14 ans, cet événement bouleversera profondément sa vie et fera de lui un être perturbé et tourmenté.

 

 

C'est en 1921, durant son service militaire qu'il entre en contact avec le groupe de la revue Littérature et qu'il fait la connaissance d'André Breton. C'est une relation complexe qui les liera tout au long de leur vie. Peu enclin à comprendre certains traits de la personnalité de son ami et en particulier son homosexualité et son désir de mondanité, Breton sera pourtant séduit par cette voix inimitable de la révolte qu'est Crevel. Il le décrira d'ailleurs comme une personne séduisante et fidèle à ses amis. Malgré les nombreuses oppositions qui les sépareront à certains moments, Crevel, à chaque grande occasion, se rangera aux côtés de Breton et lui restera proche par la sensibilité.

 

 

Breton Dali Crevel Eluard

Breton, Dali, Crevel et Eluard 

 

 

C'est durant cette même période qu'il rejoint les surréalistes et rencontre un grand nombre d'artistes qui deviendront par la suite ses amis. Alberto Giacomett aura une place particulière pour Crevel, leur amitié peu visible sera pourtant profonde. Les productions de Giacometti pour René Crevel, livrent les portraits les plus justes et réussis de l'écrivain. Il se lie aussi d'amitié avec Joan Miro, ou encore Wifredo LAM. Des artistes, qui sous la demande de l'éditeur Louis Broder, illustreront le livre hommage "feuilles éparses", paru en 1965, trente ans après sa mort. 

 

 

Portrait d'Alberto Giacometti pour René Crevel

Estampe d'Alberto Giacometti tirée de l'album B
(en vente sur le site)

 

 

Estampe de Joan Miro tirée de l'album B
(en vente sur le site)

Estampe de Wifredo Lam tirée de l'album B
(en vente sur le site)

 

 

En 1922, il initie le groupe des surréalistes aux expériences de "sommeils hypnotiques", qui joueront un grand rôle dans le surréalisme naissant. Pourtant, il s'en lasse rapidement et quitte le groupe pour rejoindre Tristan Tzara. Il participe ainsi en 1923 aux dernières manifestations, dadaïstes. Ses différents allers-retours entre les surréalistes et les dadaïstes ne lui suffisent pourtant pas. Il devient alors membre du Parti communiste en 1927 et se jette corps et âme dans l'utopie socialiste et l'engagement au parti. Il se retrouve pourtant bien vite déchiré entre deux buts : celui de vouloir maintenir son combat surréaliste d'un côté et son engagement politique de l'autre. Une conciliation qui n'aboutira jamais et qui contribuera en partie à son désespoir.

 

 

Groupe surréaliste

Tzara et Crevel

 

Atteint de la tuberculose jeune, il se voit obligé de mettre sa vie mondaine de côté et passe de nombreux mois reclus dans les montagnes suisses, par moment accompagné de son ami Paul Eluard. Dans les récits qu'il publie entre 1924 et 1933, Crevel y transpose sa vie et ses angoisses, alimentées par le traumatisme et l'obsession de son père, ainsi que la haine pour sa mère. Il dresse ainsi dans son premier livre " détours" un portrait sombre d'elle et la décrit comme : "une bourgeoise extrêmement rigide qui refuse toute joie et tout plaisir et qui vit dans un milieu étriqué, d'une façon étriquée."

 

 

Paul Eluard et Gala

Livre Détours de René Crevel

 
 

Se méfiant comme tout surréaliste du style romanesque, il invente le style pot-pourri qui conjugue le ton pamphlétaire et l'interrogation introspective. Tout comme les oeuvres de Max Ernst, ses romans sont des poèmes surréalistes où les frontières entre la vie et la poésie se voient effacées et l'oeuvre se voit dynamitée de l'intérieur.

 

 

Paul Eluard et Gala

Estampe de Max Ernst tirée de l'album B

(en vente sur le site)

 

Crevel mène de nombreux combats durant sa vie, il se révolte en particulier contre l'armée et l'église, mais aussi contre la société bourgeoise. Et pourtant, en même temps qu'il fustige cette société, il la fréquente de près et se jette dès qu'il le peut, dans une activité mondaine frénétique. La totale sincérité de sa trajectoire déborde alors de contradictions et c'est en cela que l'on peut dire qu'il s'affirme comme surréaliste.

 

En 1935, il s'investit dans l'organisation du "congrès international des écrivains pour la défense de la culture", mais suite à l'exclusion de Breton, et même après s'être à nouveau éloigné du groupe surréaliste un an auparavant, il décide à son tour de quitter le congrès, faute de ne pas avoir réussi à le faire réintégrer. Le même jour, il apprend que sa tuberculose, qu'on lui avait dite, guérit, ne l'est en réalité pas. Il se suicide la nuit suivante, laissant pour seul mot : "Prière de m'incinérer. Dégoût.".

 

Paul Eluard et Gala

Congrès international des écrivains pour la défense de la culture

 

 

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